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Le Paquebot

Le paquebot c’est le Georges Philippar, du nom du patron d’alors des Messageries Maritimes. Construit aux Chantiers de l’Atlantique en 1932, long de 172 mètres et large de 20, d’une capacité de 1000 passagers censés être menés à bon port par près de 300 membres d’équipage dont le commandant Auguste Vicq, qui ne se révèlera pas un marin d’exception.

Le Georges Philippar appartenait à la série des nautonaphtes qualification qui compte tenu de l’époque, sonnait mieux que ‘navire à propulsion Diesel’ trop connoté germanique ! Trois classes comme il était d’usage, la première, luxueuse à souhait, la seconde plus spartiate et la troisième ‘réservée’ aux passagers d’entrepont.

Le narrateur Jacques-Marie Bauer, collectionneur-marchand d’ouvrages antiques est du voyage et nous livre son journal de bord ou plutôt son journal de rencontres avec le microcosme dont il partage l’oisiveté à bord. Parmi beaucoup d’autres, il y a là Alekseï Sokolowski, sosie de Raspoutine et pianiste de son état, José-Manuel Alvarez de la Mirada, oisif hidalgo amateur de tertulias, ces salons où l’on refait le monde entre deux volutes de havane, la jeune et belle Salomé qui accompagne son grand-père dans sa dernière croisière, Rainer Reiter entrepreneur allemand sensible aux sirènes national-socialistes mais surtout, la sublime Anaïs Modet-Delacour, délicieuse naïade dont les ébats dans la piscine intérieure du paquebot, chambouleront l’ami Bauer et beaucoup de ses lecteurs…..

La croisière s’amuse entre mondanités, pannes de courant et discussions de salon avec pour toile de fond la montée sourde du nazisme. Certains regrettent la passivité, la résignation, la faiblesse, la lâcheté du reste du Monde, d’autres saluent le prochain avènement d’une Europe de l’ordre. D’autres encore s’inquiètent de ces fréquentes défaillances électriques à bord d’un navire tout neuf.

Le voyage aller se termine à Yokohama où l’on sent la guerre Sino-Japonaise à venir. Les passagers qui rejoignent leurs occupations débarquent, remplacés par d’autres qui rentrent en France. Demeurent les croisiéristes de l’aller auxquels s’adjoint à l’escale de Hong-Kong, le célèbre reporter Albert Londres qui dit-on, ramène un mystérieux reportage explosif. La traversée de retour s’annonce belle, les discussions du fumoir s’enrichissent de la présence de Londres. Bientôt on arrive en vue d’Aden avant d’embouquer la Mer Rouge et là, catastrophe ! le feu prend à bord et se propage à toute allure dévorant ces cabines lambrissées et vernies à la cellulose. La situation s’aggrave lorsque voulant échouer son navire, le commandant attise le feu par sa manœuvre. Le Georges Philippar gîte dangereusement et finit par se coucher tout comme l’Europe. Les secours arrivent mais Albert Londres a disparu.

Pierre Assouline qui par ailleurs a beaucoup écrit sur Albert Londres, mêle ici fiction et réalité. Son style enlevé et sa grande culture font plaisir à lire. Il restitue formidablement l’ambiance à bord des paquebots lorsque ceux-ci ne ressemblaient pas à des barres d’immeubles…. Sa description du sinistre est d’une intensité qui fait penser aux films catastrophes américains. Ses portraits sont ciselés au scalpel et les personnages sont raccord avec ce que l’on sait avoir été le climat de l’entre-deux-guerres.  

CF(H) Alain M. BRIERE
22/05/2022

Le Paquebot
Pierre Assouline de l’Académie Goncourt
Gallimard

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