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Bravo Zulu


Le mystère de l’île aux cochons

Bien rares sans doute sont ceux qui ont posé le pied sur les rivages inhospitaliers de l’île aux cochons – où, du reste, ne vit plus un seul cochon depuis des dizaines d’années – ou ont fréquenté l’archipel Crozet, une de ces terres françaises perdues très loin dans le Grand Sud. Si l’auteur est allé y passer cinq jours en novembre 2019, ce n’était pas pour des vacances, mais pour tenter d’élucider, en compagnie de six naturalistes et d’un photographe, une tragique énigme : en 1982, cette île abritait une population d’un million de manchots alors qu’en 2018, on n’en dénombra plus que 160.000. Le but de l’expédition était donc de trouver la cause de cette chute vertigineuse.

 Tout d’abord, rendons hommage à l’enthousiasme de Michel Izard et son authentique affection pour les représentants de la faune locale (éléphants de mer, pétrels, albatros et surtout manchots), qui n’ont apparemment pas conservé dans leur mémoire collective le souvenir des effroyables massacres perpétrés au cours du XIXème siècle par les chasseurs de phoques et d’otaries à fourrure et viennent sans la moindre crainte regarder de tout près ces étranges bipèdes.

Ses qualités de chercheur sont remarquables et plus d’un chartiste saluerait en connaisseur sa recherche approfondie des sources manuscrites ou imprimées sur cette île quasi-ignorée : non content de recenser tous les témoignages publiés par les capitaines qui sont passés à proximité ou y ont fait naufrage (tel le Princess of Wales en 1820), il a été rechercher jusqu’en Nouvelle-Zélande le texte du journal de l’écrivain de Marion-Dufresne, Paul Chevillard de Montesson.

 En bon journaliste, il reconstitue parfois des dialogues totalement fictifs entre Kerguelen et Marion-Dufresne ou évoque, comme s’il avait été présent, les actes et même les paroles d’une famille d’émigrants dont les membres disparurent jusqu’au dernier dans le naufrage du Strathmore en 1875, mais il n’abuse pas de cette licence littéraire qui, par ailleurs, maintient l’intérêt du lecteur. Quant aux photographies qui illustrent l’ouvrage, elles sont tout simplement magnifiques et on regrette que les obligations éditoriales aient empêché d’en reproduire un plus grand nombre.

     Et l’énigme dans tout cela, a-t-elle été résolue ? Après avoir éliminé plusieurs hypothèses de départ, les scientifiques proposent une double explication de cette catastrophe écologique : d’une part, les fantaisies erratiques du courant « El Niño » en 1997 peuvent avoir provoqué une baisse drastique de la production de phytoplancton, indispensable à la nourriture des jeunes manchots, et, par voie de conséquence, une famine meurtrière. D’autre part, les prélèvements sanguins effectués sur l’avifaune locale ont révélé la présence d’anticorps à la bactérie du choléra aviaire probablement apportée sur l’île par des pétrels et des albatros et origine, là aussi, d’une épidémie dévastatrice. Une note optimiste, toutefois : en février 2020, une reconnaissance menée par la frégate Nivôse a relevé sur l’île la présence de près de 200.000 manchots. Alors, peut-être leur population, après une période de déclin, est-elle en train de se reconstituer peu à peu. Gardons-en l’espoir …

     Au demeurant, un ouvrage attachant et qui plaira à tous ceux qui aiment la faune sauvage ou qu’attirent les terres lointaines.

CV(H) Philippe HENRAT
22/05/2022

Le mystère de l’île aux cochons
Michel IZARD
Paulsen

Voir également la recension du CF(H) Jean-Marie CHOFFEL

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