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Bravo Zulu


La République du crâne

1718. Le capitaine Sylla, pirate flamboyant, prend possession d’un bâtiment de commerce anglais. Flanqué de son quartier maître, Olivier de Vannes, à qui il confie le commandement de cette prise, ils poursuivent leur route en mer des Antilles. Lorsqu’ils croisent un navire négrier désemparé, ils découvrent que les esclaves, menés par leur reine Maryam, se sont libérés de leurs chaînes. Débute une association entre tous ces hommes – et femmes – où se mêlent l’aventure et la quête de liberté.

Vincent Brugeas a concocté un scénario de belle facture. S’il s’inspire des récits de pirates bien connus, il y ajoute une dimension sociale qui n’est pas sans intérêt. Bien sûr, les flibustiers étaient des marins farouches et des combattants sans merci. Mais ils étaient surtout des hommes de peu, sans fortune, que les marines royales – qu’elles soient anglaises, françaises ou espagnoles- avaient rendu sans ménagement à la vie civile et que les marines marchandes exploitaient sans vergogne. A tout prendre, mieux vaut affronter la dure vie en mer et les aléas de l’existence en homme libre que pour un roi bien lointain ou un capitaine marchand qui rationne et vous exploite. Et tant pis si l’Etat que vous avez servi se retourne désormais contre vous. La vie libre n’est pas moins difficile, mais elle est indéniablement plus belle.

Rythmé par les réflexions qu’Olivier de Vannes annote dans son carnet de bord, le dédiant à celui qui un jour le tuera ou le fera pendre, le récit oppose deux visions du monde : celle de pirates révoltés contre l’ordre établi, épris d’égalité, et celle d’une reine mystérieuse et charismatique régnant sans partage.

Au dessin, Ronan Toulhoat est à son meilleur. Ses inspirations sont à chercher tant du côté des fumetti des années 50 que de Matthieu Lauffray (Long John Silver, primé par nos soins en 2010) et, dans une moindre mesure, de Barbe-Rouge. Les scènes de batailles navales, faites de grands espaces et de ciels bleus enfumés, de cases resserrées sur l’abordage et le combat rapproché, sont parfaitement réussies. Les personnages, expressifs, sont bien campés dans leurs habits, tissus fluides pour les uns et uniformes sanglés pour les autres. La composition est équilibrée, avec de la profondeur – autant qu’une frégate peut en fournir. La mise en couleur, de jour comme de nuit, rehausse le récit.

Au final, ce one shot de 210 pages est un régal où l’on se plonge avec délice. On y retrouve les plaisirs des lectures d’enfance, même s’il s’adresse à un public adulte. On y découvre une dimension humaniste à défaut de trésor. Nul doute que La République du crâne, dont la lecture est incontournable, intégrera durablement nos bibliothèques marines. Elle ne craindra là ni les embruns, ni les abordages.

CC(R) Jean-Pascal DANNAUD
03/04/2022

Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
La République du crâne
Dargaud, 25 février 2022

Voir également la recension du CF(H) Alain M. BRIERE

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