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Des Vaisseaux et des Hommes

Variable d’ajustement ! A la lecture de l’ouvrage de Patrick Villiers soulignant l’état des budgets de la Marine de la fin du XVII° à la fin du XVIII° siècle, on ne peut que faire le rapprochement avec ceux de notre défense nationale depuis la chute du rideau de fer. Laurent Fabius ne déclarait-il pas, en 1993, qu’il était temps de recueillir « les dividendes de la paix » et donc, de diminuer les dépenses militaires. Proposition, suivie comme un seul homme depuis par les gouvernements de tous bords ! La paix n’est malheureusement qu’une situation conjoncturelle passagère, même si plus ou moins durable.

 Les secrétaires d’État à la Marine et aux colonies qui se sont succédé depuis les Colbert, père et fils, sous Louis XIV ; puis les Maurepas, les Choiseul ou les Sartine, sous ses successeurs, n’ont pas démérité, tentant d’organiser, réorganiser, standardiser ports, arsenaux, artillerie, approvisionnements, constructions navales comme recrutement et promotion des hommes et des officiers. Leur problème a été de faire face à des finances tendues ne leur assurant pas de visibilité budgétaire et de devoir être suspendus aux décisions en Conseil du roi où ils ont rarement pu faire prévaloir leur point de vue, d’autant qu’il a fallu attendre Louis XVI pour voir un souverain s’intéresser aux affaires de la mer.

Notre ennemie héréditaire, l’Angleterre, quant à elle, ne pouvait faire cette erreur : du fait de son insularité, de la faiblesse de sa population, de sa dépendance au commerce maritime et colonial, de la nécessité de défendre ses côtes domestiques largement non fortifiées contre les velléités françaises, voire franco-espagnoles, de débarquement et d’invasion… un danger plus que théorique comme la tentative de rétablissement de la- monarchie Stuart le prouva, en 1745-1746, sans parler du plan franco-espagnol, trois douzaines d’années plus tard en appui aux « insurgents » américains !

L’État-major de la Royal Navy, stable et maître de sa stratégie, savait trouver auprès des rois, de la City et d’une classe marchande autant aristocratique que roturière les moyens nécessaires à entretenir une flotte qui lui permit d’assurer en général une supériorité sur ses adversaires, au premier rang desquels, la Marine française qui n’arriva jamais, sauf à l’aube de la Révolution – et grâce à Louis XVI – à mettre à la mer à la fois un nombre de vaisseaux, frégates et corvettes équivalent à plus des deux tiers de ceux que pouvait aligner Albion.

 Napoléon dira plus tard : il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs ! Or, si la France, au cours du XVIII° siècle, notamment, a vu surgir de nombreuses individualités comme capitaines de vaisseaux et chefs d’escadres, issus du commerce ou de la course comme de la hiérarchie de la Marine royale, il est très rare que la monarchie ait sévi à l’encontre de grands chefs désobéissants ou pusillanimes qui faisaient partie de grandes familles, voire de la famille royale ni promu  des officiers méritants tant qu’une place attribuée à un grand du royaume, même hors d’âge, ne s’était libérée.

Au contraire, l’État-major anglais n’hésitait pas à promouvoir des roturiers au mérite ni à sanctionner les manquements de chefs d’escadre, quel que soit leur rang. Il sut, par ailleurs, battre en brèche le système des classes mis en œuvre pour assurer le recrutement des équipages français en n’hésitant pas à capturer tout équipage français de guerre, de commerce, de pèche ou de course et à l’envoyer pourrir sur les sinistres pontons, même hors de périodes de guerre déclarée.

Patrick Villiers, dans cet ouvrage détaillé et documenté a le grand mérite de faire ressortir le fait qu’avec des souverains plus éclairés sur l’importance ne serait-ce que commerciale et économique de la mer en une époque où les progrès scientifiques et techniques en la matière étaient tout aussi développés en France qu’en Angleterre, le sens de l’Histoire eut pu être changé, le Canada et la Louisiane, demeurer français comme nos comptoirs indiens…il n’en reste pas moins vrai que le pragmatisme anglais a triomphé : nécessité fait loi ! « Des Vaisseaux et des Hommes », un ouvrage à recommander pour comprendre l’Histoire d’un siècle décisif.

CF(H) Jean-Marie CHOFFEL
30/03/2022

Des Vaisseaux et des Hommes 
Patrick Villiers
Fayard Histoire

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