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Bravo Zulu


Arabaiana

Troisième volet d’une trilogie brésilienne et le seul traduit en français, cet opuscule d’à peine cent pages est un petit chef-d’œuvre. Son auteur (je me refuse à écrire autrice), une bavaroise qui a vécu au Brésil avant de s’installer à Genève, relate la rencontre fortuite d’un simple pêcheur du Nordeste brésilien avec le célèbre Orson Welles, touche à tout de génie et réalisateur de talent à qui on doit entre autres, Citizen Kane et la Splendeur des Amberson.

Cette histoire vraie commence en 1941 lorsque Manoel Olimpio Meira dit Jacaré, tant sa peau est ridée comme celle du petit crocodile local, décide d’aller rencontrer le Président Getulio Vargas, pour lui demander que les pêcheurs bénéficient des mêmes droits que les ouvriers du Sud. A bord d’une jangada, radeau fait de quelques rondins de bois amarrés entre eux par des cordages, grée d’une voile latine et d’un aviron de queue en guise de gouvernail, Jacaré avec Tatá, Jerónimo et Mané Preto, pêcheurs comme lui, entreprend un long voyage de 61 jours depuis le petit hameau de Praia de Caponga près de Cascavel dans l’Etat de Céara, jusqu’à Rio de Janeiro. Ils seront accueillis en héros, obtiendront une audience fructueuse avec le Président et s’en retourneront chez eux plein d’usage et raison. Leur expédition fait l’objet d’un entrefilet dans un journal américain et attire l’attention d’Orson Welles qui décide d’en faire un film qui s’appellera It’s All True, encouragé par le politique qui veut donner des gages à l’Amérique du Sud plutôt tournée vers l’Allemagne nazie en cette année 1942. Welles décide de commencer à tourner par la fin et fait venir les quatre jangadeiros à Rio pour les scènes de l’arrivée à bord de leur esquif San Pedro. Une méchante lame fait chavirer le radeau et Jacaré disparaît dans les flots…

Le film sans Jacaré sera néanmoins tourné et perdu, jusqu’à ce qu’on retrouve les bobines en 1990. Carmen Stephan s’empare avec talent de l’histoire et mêlant le réel à la légende, elle raconte Jacaré, son dur métier dans une région perdue du Nordeste brésilien, la misère ambiante, son amour pour sa femme craintive et pour ses enfants, son périple sur l’Océan, amarré au mât pour ne pas passer par-dessus bord pendant son sommeil, tanné par le soleil, meurtri par l’eau salée et transi de froid sous les nuits claires. Les mots sont justes, percutants – ils ont la force évocatrice d’un roman d’Hemingway ou d’un film de Welles. La brève rencontre entre Jacaré et Orson Welles, qu’il appellera Arabaiana du nom du meilleur des poissons de la côte, suffira à les lier d’amitié, une amitié simple et sincère que l’auteur évoque avec poésie et beaucoup d’empathie.

Carmen Stephan a reçu plusieurs prix prestigieux pour ses oeuvres et ce deuxième roman ne devrait pas passer inaperçu lui non plus. Une mention toute particulière pour les traducteurs qui ont réussi la gageure de transcrire en français de qualité une ambiance brésilienne décrite en allemand !

CF(H) Alain M. BRIERE
27/10/2021

ARABAIANA
Carmen Stephan
Traduit de l’allemand par Camille Luscher et Alexandre Pateau
Editions Actes Sud

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