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Bravo Zulu


A bord des sous-marins

Disons-le tout net : rédiger une histoire cohérente et quasi-exhaustive de la navigation sous-marine en 96 pages, c’est IM-POS-SI-BLE ! Mais, apparemment, personne ne l’avait dit à Jean-Benoît Héron et à Jean-Yves Delitte, alors, ils l’ont fait et le résultat est là : un ouvrage passionnant, clair, documenté,  illustré par ces deux artistes renommés. Chacun y a imprimé son style, certaines illustrations sont parfaitement identifiables, d’autres peut être un peu moins  : les grandes fresques sont dues au pinceau de Jean Yves, les vues en éclaté à celui de Jean-Benoît. Les textes sont communs et résultent d’échanges nombreux entre eux deux, chacun apportant ses idées.

 Rien, mais alors rien d’essentiel n’est oublié : depuis la chaloupe submersible de Cornelis Drebbel en 1620 jusqu’aux sous-marins nucléaires contemporains, que de noms évoqués, certains connus comme ceux de David Bushnell et de sa Tortue (1776), de Robert Fulton, bien sûr, et de son Nautilus (1800), mais aussi combien d’autres qui ont sombré dans l’oubli : Wilhelm Bauer et son Brandtaucher, Horace Hunley dont le nom reste intimement lié au premier submersible opérationnel (1863), le génial Narcis Monturiol et son Ictineo, l’Américain John Philip Holland, pour arriver au Plongeur de l’amiral Siméon Bourgois et au Narval de l’ingénieur Maxime Laubeuf à la fin du XIXème siècle ! On peut seulement regretter que, parmi cette phalange d’inventeurs, ait été omis le nom de l’ingénieur Claude Goubet (1837-1903), constructeur du premier sous-marin français à propulsion électrique en 1887.

Bonne idée, pour évoquer la Première Guerre mondiale, de rappeler l’exploit hors du commun du kapitänleutnant Otto Weddigen et de son U 9 le 22 septembre 1914, de même que le torpillage (un parmi d’autres) du transport de troupes Sequana par l’UC 72 le 6 juin 1917. Et si les auteurs ont eu raison de citer le bilan phénoménal du U 35, ils auraient pu nommer le plus célèbre de ses commandants : Lothar von Arnauld de La Perrière qui, avec 194 navires coulés pour un total de 453.716 tonneaux, établit un record resté inégalé à ce jour.

Sur la Seconde Guerre mondiale, on ne peut leur donner tort d’avoir moins insisté sur les U-Boote, dont l’histoire est déjà assez connue, que sur les sous-marins de poche anglais et les torpilles humaines de la Decima Flottiglia Mas (dont la prestigieuse devise était « Memento Audere Semper ») du Prince Valerio Borghese. Toutefois, nous aurions bien aimé voir évoquer en détail une ou deux des actions les plus mémorables des « Loups Gris » de Karl Dönitz, par exemple la destruction en plein cœur de la rade de Scapa Flow, du cuirassé HMS Royal Oak par le U 47 de Günther Prien (14 octobre 1939) ou le torpillage, au milieu de son écran de protection, du bâtiment de ligne HMS Barham par le U 331 (25 novembre 1941). Mais il aurait fallu quelques pages de plus et les éditeurs sont sans pitié …

Pour la période contemporaine, deux petites critiques de détail : d’abord, les sous-marins d’attaque français de la série dite des 400 tonnes (page 72) n’appartenaient pas à la classe « Arthémuse », mais Aréthuse (Au trou, l’imprimeur !). D’autre part, les noms des navires de guerre français s’accordent en genre ; donc il n’y a jamais eu de sous-marin LE Flore (ne pas confondre avec un célèbre café parisien), mais bien LA Flore. Ces remarques minimes mises à part, la dernière partie de l’ouvrage constitue une synthèse aussi réussie que les précédentes, avec l’évocation, concise mais suffisante, non seulement des sous-marins nucléaires lance-engins ou d’attaque, mais aussi des bathyscaphes et de leurs concepteurs, entre autres, l’ingénieur général Pierre Willm qui nous a récemment quittés.

Un dernier regret : ce beau livre, qui passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Marine militaire, aurait mérité in fine une bibliographie au moins succincte, à l’intention de tous ceux qui veulent en savoir plus long. Ainsi, Les sous-marins français de 1863 à nos jours d’Henri le Masson ou L’aventure héroïque des sous-mariniers français, de Jean-Jacques Antier et d’autres encore auraient mérité d’être signalés. Mais il aurait fallu quelques pages … (voir plus haut).

Et puisqu’ ils ont commencé leur ouvrage par le signal « Uniform Whiskey Two », je leur répondrai sans hésitation ni murmure : « Bravo Zulu ».

CV(H) Philippe HENRAT
Membre de l’Académie de Marine
25/05/2021

A bord des sous-marins
Jean-Benoît Héron et Jean-Yves Delitte
Glénat

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