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Mon service militaire

Les temps actuels, qui égrènent les incivilités ordinaires, le rejet de l’autorité et la défiance envers les institutions, mais aussi – à l’inverse – font émerger parmi la jeune génération une forte envie de s’engager et de servir à quelque chose d’utile, poussent un discours favorable au retour du service militaire. Celui-ci serait le gage d’une cohésion nationale retrouvée et d’un brassage social nécessaire.

Tel n’est pas l’avis de Jean-Michel Aphatie. Il tire sa conviction de ses souvenirs personnels. « Je ne partage pas ce point de vue. Pour beaucoup de raisons. Et pour une supérieure aux autres : moi, j’ai fait le service militaire. »

Il y a, en vérité, deux façons de lire ce récit autobiographique qui se situe à la fin des années soixante-dix.

La première, c’est de scruter le parcours militaire de l’auteur, au travers de ce qu’il en dit lui-même. Les « trois jours » qui en durent la moitié. La tentative ratée de se faire réformer. La demande de « piston » auprès du député pour se faire affecter à Tahiti – car après tout, partir pour partir, autant choisir l’aventure. L’élu qui pousse le dossier pour que le jeune homme soit affecté dans la Marine nationale « qui possède des installations susceptibles d’accueillir des appelés ». Les classes à Hourtin. L’affectation du matelot à Cherbourg, au Centre Automobile principal, comme chauffeur-mécanicien, parce que sa seule qualification est son permis de conduire. Puis, plus tard, une mutation sur le Guépratte, qui lui permettra de naviguer en Méditerranée.

Jean-Michel Aphatie en garde l’avis que sous l’angle militaire, il n’a rien appris, rien apporté à la France. Et qu’il s’est ennuyé ferme.

La seconde, plus prometteuse, affleure tout au long du récit, et sert de conclusion positive. C’est parce qu’il fut poussé hors de chez lui, amené à sortir du cocon familial et du confort que lui offrait son village natal, que le jeune Basque a pu devenir ce qu’il est.

Les trajets vers la Normandie étaient déjà une aventure, quand bien même elle n’était pas joyeuse. Les week-ends passés à Cherbourg étaient consacrés en partie à la lecture, à Hugo ou Gary, et c’est un monde de culture qui peu à peu s’ouvrait, à lui qui avait arrêté ses études.

La visite au Havre du Custodio de Mello, navire-école brésilien, est une révélation : au contact de l’étranger, Aphatie prend conscience de la grandeur de la France. L’embarquement sur le Guépratte lui permet de voyager, de voir Majorque (quoique…), Tunis et Istanbul, et de découvrir un ailleurs. Enfin, il fait la connaissance, décisive, d’un jeune enseigne de vaisseau qui le pousse à passer son bac, ce qu’il fera avant de poursuivre un cursus juridique puis de journalisme. Alors, pour ou contre le service militaire ? Le matelot Apathie répond sans fard. « Je crois que sans lui, je serais passé à côté de ma vie. »

CC(R) Jean-Pascal DANNAUD
28/03/2021

Jean-Michel Aphatie
Mon service militaire
Flammarion, octobre 2019

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