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Le Nouveau Monde (1504)

L’Amérique, ce nouveau continent inconnu jusque-là, aurait pu être baptisé Colombie. S’il n’en a rien été et, ce, dès l’année 1507, c’est grâce à la sagacité d’un petit groupe de moines du « Gymnase Vosgien », lequel, parrainé par le duc de Lorraine, René II, a pu faire à Saint-Dié l’exégèse des textes contenant les rapports des navigateurs et découvreurs ayant alors très récemment élargi la connaissance de notre terre : le génois Christophe Colomb et son cadet de quelques années seulement, le florentin donc presque voisin, Amerigo Vespucci. On sait que les deux hommes au service de deux pays et deux rois voisins, se connaissaient, s’appréciaient et entretenaient une amitié allant jusqu’à l’entraide. Leurs caractères étaient différents : Colomb plus attaché aux honneurs de son vivant, à la gloire et à la richesse, Vespucci, de formation scientifique et cosmographique, à faire avancer les connaissances en matière d’astronomie et donc de navigation et de géographie et à laisser une trace posthume.

La décision des moines de Saint-Dié, matérialisée dans la publication d’un nouvel atlas destiné à rectifier la géographie de Ptolémée, quatre ans après le quatrième et dernier voyage de Vespucci est basée sur le fait que, si Colomb avait bien été le premier à poser le pied sur une terre à l’ouest du continent européen, celle-ci, de la croyance même de Christophe Colomb n’était qu’une île puis une succession d’îles sur la route des Indes dont il estimait pouvoir bientôt atteindre le continent déjà connu depuis l’Antiquité. Or, dès son premier voyage, Vespucci découvrit également ce qui semblait être un véritable continent, étendu et peuplé, qui n’était pas les Indes mais bien un quatrième continent, un « Mundus Novus » auquel Waldseemüller, membre du « Gymnase », sur sa nouvelle carte et dans la « Cosmographiae Introductio » et ses collègues trouvèrent judicieux et harmonieux de donner un nom tiré du prénom et non du patronyme du découvreur florentin. Les textes étudiés et reproduits dans l’ouvrage sont quatre lettres adressées par Vespucci à Lorenzo, son protecteur de Florence, de la puissante famille des Medici, même si ce Lorenzo-là, cousin de son homonyme « Le Magnifique » faisait partie d’une branche brouillée avec les seigneurs de Florence.

 Les rapports officiels remis au roi espagnol Ferdinand pour trois de ses voyages et au roi du Portugal Manuel n’étaient pas parvenus jusqu’au « Gymnase ». La cabale qui se développa ensuite sur « l’injustice » faite à Colomb fut plus le fait des partisans des deux navigateurs que des protagonistes eux-mêmes. De nombreuses copies et adaptations plus ou moins fidèles des lettres de Vespucci furent réalisées d’autant plus facilement que l’imprimerie se développait et que, pour les populations du « monde connu » de l’époque les récits de ces explorations et découvertes élargissant les connaissances géographiques et humaines étaient d’un intérêt avide bien plus répandu que nos explorations interstellaires de nos jours. La moindre des attractivités de ces rapports n’était pas la description des nombreuses populations découvertes sur ce nouveau continent, leur nudité, leur vie naturelle et décomplexée, même si leur accueil des « civilisés » était variable, leur cannibalisme fréquent. Dommage que des textes plus complets ne soient pas parvenus jusqu’à nous.

CF(H) JM CHOFFEL
20/03/2021

Le Nouveau Monde (1504)
Les quatre voyages d’Amerigo Vespucci
Jean Paul Duviols
Editions Chandeigne

Voir également la recension du CV(H) Gérald BONNIER

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