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Bravo Zulu


Armen 43

« Tu dois bien rigoler, hein, phare de malheur ! ». Dès la première page d’Armen, le ton est donné : temps bouché, mer grise, 1943, le phare, le bateau, les hommes. Tous les éléments de la tragédie sont à poste : dans un temps défini, loin de tout, les deux gardiens de phare et les trois soldats allemands vont se partager l’espace réduit et inquiétant de « l’enfer des enfers », le phare d’Ar-Men, rebaptisé Armen pendant la seconde guerre mondiale.

Sur une base historique solide comme un menhir, Briac déploie avec brio une intrigue inspirée de fait réels, constamment en référence à la grande histoire, tant guerrière que littéraire, de cette période sombre.

En prenant appui sur son scénario, qui n’est pas sans rappeler le roman «Le silence de la mer » de Vercors, publié clandestinement en 1942, Briac nous dévoile son tempérament d’artiste. En effet, chaque case est travaillée à la peinture acrylique et ressemble à un tableau qui, riche en matière et en expression, remplace souvent les phylactères, comme dans les films muets. La voix intérieure du personnage principal nous guide dans les méandres de ce huis clos psychologique aux accents de cinéma expressionniste allemand.Les jeux de lumière, l’ambiance aux tons rabattus et les visages comme maquillés sont proches de certaines scènes du Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920). 


Le cabinet du docteur Caligari
Armen, pages 10 et 12

Briac s’amuse à nous traîner dans des escaliers tortueux, dans des pièces obscures et mal éclairées. Tel un metteur en scène expressionniste, il joue du projecteur dans de nombreuses scènes où l’on risque de croiser Nosferatu le vampire (film muet allemand, réalisé par Murnau en 1922) ou pire encore, Le monstre de Frankenstein (film de James Whale de 1931).

Nosferatu le vampire
Boris Karloff dans « Le monstre de Frankestein » de J. Whale et Armen, page 42

Les personnages inquiétants et l’atmosphère lourde d’Armen sont également esthétiquement proches du film noir et blanc Elephant Man de David Lynch (1980).

Elephant Man et Armen, page 10

Dans le domaine des arts graphiques, si Briac se réclame de Bilal on peut mentionner l’œuvre de Tardi, illustrateur français né en 1946, surtout connu pour son travail sur la première guerre mondiale.

Les bonhommes des deux auteurs possèdent les mêmes yeux globuleux et les mêmes bouches ouvertes, déformés par l’horreur de la guerre.

Briac, par son dessin virtuose mais excessif, par ses couleurs subtiles mais boueuses, nous fait ressentir les mêmes sentiments d’attirance et de répulsion que ceux du gardien de phare envers l’officier allemand qui le séduit et le dégoûte à la fois.

Jamais ambiance graphique n’aura aussi bien coïncidé avec les sentiments profonds des protagonistes…et du lecteur.

Enfin, plus proche de nous, entre le graphisme et le cinéma, on peut se référer aux films d’animation de Nick Park,  Wallace et Gromit (années 80) et Chicken run  (2000). Les personnages sont réalisés en pâte à modeler pour une animation image par image. Leurs yeux proéminents et leur chairs blafardes et molles ne sont pas sans rappeler les tristes héros d’Armen : Briac, dans la lignée des grands artistes, tels que le peintre Poussin au 17eme siècle qui créait et animait ses propres personnages en terre glaise pour les mettre en scène dans ses tableaux, anime et crée son théâtre intime.

Wallace et Gromit

De Poussin à Chicken run , en passant par Murnau et Tardi, l’auteur nous embarque pour notre plus grand plaisir dans son univers, riche en références et en citations. Un monument à (re)découvrir.

Marie DETREE
Peintre Officiel de la Marine
29/11/2020

ARMEN 43
BRIAC
Locus Solus

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