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Bravo Zulu


La liberté du commandement

Le chef, qu’il soit civil ou militaire mène son équipe ou son équipage en explicitant le sens de la mission et dans la liberté qu’il confère aux autres: celui qu’il défend comme ceux qu’il sert en les commandant, en les dirigeant. Sans ce sens et cette liberté, il n’y pas d’équipage ou alors il navigue sans esprit.

C’est tout le fondement de l’essai passionnant que nous livre le Vice-amiral Finaz en quittant la Marine et ses quatre dernières années comme directeur de l’Ecole de guerre.

On ne naît pas chef, on apprend à le devenir. Le leadership n’est pas un concept individuel mais une affaire d’équipes et d’engagements collectifs, une affaire d’équipage.

L’auteur, d’une plume alerte guidée par des idées claires et une abyssale culture,  entreprend de définir ce que sont d’après lui les clefs pour insuffler l’esprit d’équipage. Hiérarchie et participation où chacun doit être à sa place et dans son rôle avec une même responsabilité pour le succès de la mission. Energie et culture, l’énergie pour tenir, la culture pour discerner. Intelligence et courage qui sont parallèlement nécessaires mais ne se nourrissent pas mutuellement – l’intelligent analyse et mesure les embûches mais sans courage on risque d’en rester là. La plupart de ces clefs sinon toutes, sont transposables aux dirigeants dans quelque domaine qu’ils agissent et, le propos de cet essai est aussi d’inciter le civil et le politique à se les approprier. Comment transformer la sagesse de l’esprit d’équipage en levain de l’esprit d’entreprise et de la vie politique ? Les décideurs. Ceux qui commandent, se doivent de penser autrement, d’adopter ces fameuses clefs qui comportent également Délégation et subsidiarité, Exigence et Bienveillance, Autonomie et solidarité et enfin Parole et temps.

Incidemment, de mon point de vue et pour l’avoir fréquenté professionnellement pendant longtemps, le patronat japonais me semble pratiquer un management proche par plusieurs aspects, de la méthode qui m’avait impressionné lors de mon bref stage à l’Ecole Supérieure de Guerre Navale (1987), avant que soit créée six ans plus tard le Collège Interarmées de Défense puis en 2011, l’Ecole de guerre interarmes que nous connaissons aujourd’hui.

Cette école se veut un lieu d’intelligence et de liberté, elle est destinée à instruire ses chefs en leur permettant de mieux comprendre les problématiques et les événements du Monde, en développant leur équilibre, leur courage et leur capacité à innover. On y apprend à faire et à être. Parmi eux on cherchera les futurs chefs et il y a de l’incongru à voir une entreprise chercher ses chefs ailleurs que dans son sein…

Il faut croire que la méthode de l’Ecole de guerre fait des adeptes puisqu’il se murmure que le Président de la République songe à confier au Vice-amiral Finaz, la réforme de l’ENA.

Ceux qui en sortent s’autorisent trop souvent à avoir raison en toute affaire, en l’absence de tout esprit d’équipage; ils ont choisi la route qui fait les carrières et pas nécessairement les destins. Plutôt qu’une fin de cursus de formation initiale, l’auteur verrait mieux un rendez-vous à mi-carrière où seraient sélectionnés les meilleurs pour devenir ensuite les patrons de cette fonction publique. Les officiers eux sont soumis à une forte mobilisation géographique et fonctionnelle avec alternance entre postes de commandement et administration centrale ce qui leur facilite une connaissance de l’Administration qui servira les objectifs opérationnels et inversement. Un exemple à suivre pour nos hauts fonctionnaires de demain !

L’auteur n’oublie pas sa passionnante carrière de marin et ses propos découlent souvent de ses propres expériences de commandement à ou sous la mer,  Ce vécu au long cours rend son livre vivant et profondément humain. Autant à l’aise avec Clausewitz, Sun Tsu ou De Gaulle qu’avec Baudelaire ou René Char, Loïc Finaz approfondit sans langue de bois, les notions d’héroïsme, du pouvoir, d’autorité, de la vie et de la mort. J’ai pris beaucoup de plaisir et j’ai beaucoup appris à la lecture de cet essai. Que l’auteur m’autorise à faire mienne cette ultime pensée: S’il y a une fin au bout de la nuit la plus noire, il n’y a pas de bout du monde, alors gardons notre regard sur notre ligne de foi et croyons en ce monde !

CF(H) Alain M. BRIERE
27/09/2020

La liberté du commandement
L’esprit d’équipage
Loïc Finaz
Edition des Equateurs

Voir également la recension du CC(R) Jean-Pascal DANNAUD

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