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Une Guerre Perdue – La France au Sahel

Voilà sept années que la France intervient militairement au Mali. Elle bat le record de longévité de l’Armée Rouge en Afghanistan…Hélas, notre présence militaire semble n’avoir rien réglé. C’est le constat que fait l’auteur, chercheur, spécialiste de l’Afrique sub-saharienne et des mouvements

djihadistes, dans cet essai au titre explicite et au style tranchant.

Contrairement aux déclarations officielles, il affirme que le déploiement de vingt mille troupes

étrangères dont celles de la France et de l’ONU, ne pourront pas venir à bout d’une poignée de djihadistes dépenaillés et ce, malgré leurs capacités d’approvisionnement, de formation professionnelle et de puissance de feu.

Pour étayer sa thèse, il analyse avec discernement les vraies raisons des insurrections au Sahel, et constate l’inadéquation du traitement qui leur est appliqué par l’Occident, qui fait abstraction des griefs politiques des mouvements religieux et considère à tort, les conflits locaux ou régionaux dans une perspective mondiale et globale.

Au début, en janvier 2013, les opérations Serval puis Barkhane, ont temporairement permis d’arrêter la progression des djihadistes vers Bamako mais rien n’est réglé car cette poussée dans le nord du Mali ne constitue jamais qu’un des symptômes les plus visibles de la crise structurelle de l’État dans la région.

Là est le vrai problème : la faiblesse du pouvoir central, gangréné par la corruption, incapable d’être l’arbitre impartial des conflits locaux, détournant les aides au développement, générateur d’une armée fantoche qui multiplie les exactions et leurs dégâts dans la population civile et qui de

surcroît, vend ses armes au plus offrant. Nos soldats ne peuvent que colmater des brèches car il faudrait non pas reconstruire mais construire un état digne de ce nom au Mali. On a fait l’inverse en partant à la conquête de Tombouctou plutôt que de mettre d’abord un terme aux affrontements des différentes factions des militaires maliens qui se disputaient le pouvoir à Bamako.

Selon l’auteur, la France dans un déni de la crise de l’État malien, préfère proclamer que c’est contre les groupes terroristes du Sahel qu’elle est en guerre car ils sont une menace globale (…) Cette confusion entre terrorisme et insurrection est dangereuse mais pratique pour ne pas avoir à rentrer dans les détails du conflit et pour justifier aux yeux de nos concitoyens la présence des troupes au Mali. Avis apparemment peu partagé par le reste des européens, rétifs à participer même financièrement, aux opérations militaires au Sahel.

Le pouvoir politique aura-t-il le courage de rappeler nos troupes dans de bonnes conditions pour ne pas que s’éternise une présence à l’efficacité contestable et de moins en moins acceptée par la population ? C’est la question que pose l’auteur, en pesant le pour et le contre d’une telle décision. Les récentes interrogations du chef d’état-major des armées et les déclarations du général (2S) Didier Castres ancien responsable Ops, devraient être de nature à faire bouger les idées conformistes de la classe politique.

Ce livre est passionnant, riche en enseignements sur les pays du Sahel, sur leurs particularités, les rivalités de leurs ethnies, les mouvements djihadistes et leur plus ou moins développé sens religieux.

L’auteur méconnait la langue de bois et ne s’embarrasse pas de tabous. C’est cash, tonique et très utile à la réflexion.

CF(H) Alain M. BRIERE
01/03/2020

Une Guerre Perdue – La France au Sahel
Marc-Antoine Perouse de Montclos
Editions Jean-Claude Lattès

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