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Bravo Zulu


Hitler et la mer

C’est sur mer que les conflits se gagnent ou se perdent. La première guerre mondiale en a été une des nombreuses illustrations. Le caporal bavarois de l’époque s’en souvenait, bien sûr. Mais Hitler était un réel continental et c’est sur le continent qu’il voulait établir l’empire – et le « Lebensraum » de la Grande Allemagne dont, par ailleurs, les clauses du Traité de Versailles limitaient le tonnage maritime. Persuadé qu’une victoire rapide, le Blitzkrieg, lui donnerait le contrôle de Europe, de la côte atlantique – mais il se serait contenté de celle de la Mer du Nord – aux fertiles plaines de l’Est et lui permettrait de négocier en position de force avec l’Angleterre dont il respectait la supériorité navale. Son but était de ne pas la défier sur mer, comme de ne pas provoquer prématurément les États-Unis dont il pressentait l’implication inévitable dans le conflit. A l’Angleterre de conserver son empire maritime et colonial, au IIIe Reich de régner et prospérer sur le continent.

Au niveau de la stratégie maritime allemande, l’auteur, François-Emmanuel Brézet, décrit clairement l’incompréhension croissante entre son Grand Amiral Erich Raeder, chef d’État-Major de la Kriegsmarine, jusqu’à sa démission en janvier 1943, et le Führer, lequel reconnaissait lui-même son aversion pour les choses de la mer, un élément sur lequel il se sentait mal à l’aise et où sa prédilection pour le Blitzkrieg ne pouvait facilement s’appliquer. Ceci d’autant moins que les Panzer et armements lourds de l’armée de terre distribués par Speer et les besoins de l’aviation de son protégé Hermann Göring eurent au long de la guerre la constante priorité tant pour l’attribution de matières premières que pour l’affectation du personnel qualifié nécessaire. Pour Raeder, qui aurait souhaité attirer la Marine française à ses côtés et que l’Allemagne s’empare de Gibraltar pour verrouiller la Méditerranée mais se heurtait à l’opposition ferme de Darlan et à la méfiance du Führer vis-à-vis de la France et à son refus de brusquer Franco, l’Allemagne était entrée en guerre trop tôt, avant de pouvoir reconstruire une marine de grosses unités. Hitler, quant à lui, aurait même préféré, dès que les choses tournèrent mal sur le front de l’Est et que la puissance des alliés s’était renforcée avec l’entrée en guerre des américains, démonter les pièces lourdes de ses cuirassés pour en faire des batteries côtières en Norvège !

Ne restait plus que la guerre sous-marine au commerce mais celle-ci n’atteignit jamais ses objectifs, par manque de couverture aérienne et à cause d’une avance technologique alliée imparable dans la détection, ainsi que du fait ignoré en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre : le déchiffrement par l’équipe de Bletchley Park de toutes les communications permettant aux alliés de suivre les déplacements des U-Boote. L’entrée en guerre du Japon fut pour la Kriegsmarine un espoir rapidement déçu. Elle espérait attirer le Japon dans une « guerre au commerce » globale qui n’entrait pas dans les plans de l’empire nippon. Pour le Japon, il s’agissait de conquête maritime lui assurant les sources de matières premières et la suprématie en Asie, comparable à ce qu’était pour Hitler la conquête terrestre vers l’Est. Dönitz, jusque-là en charge de la guerre sous-marine, succédant à Raeder, sut mieux avoir l’oreille du Führer qu’il admirait mais la situation « prenait l’eau » partout : sur le front de l’Est, qui saignait l’Allemagne à blanc, en Atlantique où l’Amérique produisait plus de tonnage que les U-Boote ne pouvaient en couler, en Méditerranée, où les atermoiements et erreurs de Mussolini étaient un poids supplémentaire drainant les capacité allemandes alors que les alliés avaient repris fermement pied en Afrique du Nord et débarquaient en Sicile et en Italie comme en Allemagne même, soumise aux bombardements anglo-américains incessants.

L’Allemagne, au cours de cette guerre, comme de la précédente, maintes fois étudiées, n’a jamais eu la puissance maritime qui lui eût évité ce désastre annoncé, comme le démontre brillamment François-Emmanuel Brézet dans cet ouvrage clair et documenté dont on ne peut que recommander la lecture.

CF(H) JM CHOFFEL
26/10/2019

Hitler et la mer
François-Emmanuel Brézet
Perrin

Voir également la recension du CV(H) Gérald BONNIER

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