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Prix Marine PhotoEntete

Bravo Zulu


Errances

Parti de Norvège le 1er septembre 2018, le BSAH « Rhône », bâtiment de support de la Marine nationale, doubla 14 jours plus tard le détroit de Béring, après avoir traversé les mers de Barents, Kara et Laptev, puis la mer de Sibérie orientale et celle des Tchouktches. Pourquoi ce passage – mythique – entre la Sibérie et l’Alaska porte-t-il ce nom ? C’est ce que nous apprend le remarquable ouvrage d’Olivier Remaud.

Né au Danemark en 1681, Vitus Jonassen Béring, navigateur et officier de marine, passa au service de Pierre le Grand en 1704. Après une carrière sans grand éclat sur des navires de transport, il démissionna en 1724 avec une promotion symbolique au grade de premier capitaine. Il était néanmoins de retour en mer au bout de quelques mois, le Tsar lui ayant confié une nouvelle mission. Rien ne lui permettait d’augurer que son nom serait un jour porté par une mer, une île et surtout un détroit.

Olivier Remaud nous raconte son histoire dans ce passionnant livre, à la fois précis de géographie, roman d’aventure et portrait psychologique.

Précis de géographie, qui suit les deux expéditions consécutives conduites par Béring sur près de 9000 kilomètres vers les confins de la Sibérie et les approches du continent américain. Une carte – plus que bienvenue – permet d’en suivre la progression par Tobolsk, Ienisseïsk, Iakoutsk, Okhotsk et autres lieux dont la localisation n’est pas immédiate  jusqu’ au Kamtchatka et aux accores de l’Alaska.

Roman des aventures, sans nombre que Béring affronta, recrutant des équipages, traversant des montagnes, utilisant des fleuves pour transporter de quoi construire des bateaux une fois la mer atteinte. Au terme de sa deuxième expédition qui dura 6 ans, il mourut, épuisé, dans une ile proche du Kamtchatka, ayant atteint brièvement l’Amérique du nord et rempli sa mission.

Portrait psychologique, enfin d’un homme qui menait sa carrière « sans éclat, mais avec assurance, qui avait un fier sens du devoir mais aucun appétit pour la témérité, qui aimait commander, car il aimait obéir ». Ces traits de caractère ne le prédisposaient pas à une grande carrière, mais ils lui permirent de tenir en main, dans un contexte souvent oppressant, ses équipages et leur encadrement, sans compter quelques scientifiques de fort caractère, dont la supériorité était assise sur les montagnes de livres dont ils se faisaient accompagner.

« Il avait peu de goût pour les ruses qui servent à accéder au pouvoir, il voulait simplement porter toutes ses voiles à la manière d’un navire qui fait route au grand largue sous une brise constante et être considéré à la hauteur de ses mérites ».  Belle épitaphe, en somme, que l’on verrait bien figurer sur sa tombe, dans la baie du Commandeur, à l’extrémité des îles Aléoutiennes.

CF(H) Jean-Paul BILLOT
Président, comité du prix littéraire de l’ACORAM
16/09/2019

Errances
Olivier Remaud
Editions Paulsen

Voir également la recension du CV(H) Gérald BONNIER et du CV(R) Marc LEVATOIS

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