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Prix Marine PhotoEntete

Bravo Zulu


Cyberfatale, Si ça sort, on est morts

De nos jours. Lorsque l’équipe de nuit de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (l’ANSSI) prend une minute de trop pour supprimer du site de l’Elysée une photo qui vient d’y être déposée par un pirate, l’image truquée du président de la République en slip panthère a déjà été capturée et tweetée des milliers de fois par les internautes. A quelques jours d’une rencontre avec l’Inde où le ministre de la Défense espère vendre le fleuron de l’aéronautique française, cela fait désordre. Lorsqu’un virus informatique contraint en outre un Rafale à se poser en urgence en Turquie, c’est plus inquiétant encore. C’est le branle-bas de combat pour trouver le virus et son initiateur, et pour limiter les dégâts collatéraux. Dans cette quête, l’amiral Duperré, responsable de la cyberdéfense, Madame O. son adjointe, les équipes techniques et la jeune lieutenant Leroux, nouvelle Legad affectée au « Balardgone », trouveront-t-ils la source de ces troubles ? Sans que la presse n’en parle ? Et sans susciter d’imbroglio diplomatique, notamment avec l’allié américain ? La course contre la montre commence…

Le burlesque de ce scénario s’étale à chaque page, avec des personnages archétypaux et une hystérie qui semble régner à tous les niveaux de l’Etat. Et pourtant, il faut reconnaître que derrière la farce, l’intrigue est solide et bien documentée, tant sous l’angle de la cyberdéfense (ses flous, ses méthodes et ses risques) que sous celui des relations internationales. Les idées, et – semble-t-il – certaines situations, sont puisées aux meilleures sources militaires. Il se dit en effet que dans le trio de scénaristes qui se cachent derrière le nom de Cépanou, il y aurait un spécialiste de la cyberdéfense française ; ce qui expliquerait le regard perçant sur les us du Balardgone la vision des échanges entre le ministère et la présidence et sur la relation particulière que la France entretient avec les Etats-Unis.

Derrière la fiction, il y a le réel. Des thèmes (« Le cyber, c’est une zone de guerre, un brouillard épais où amis et ennemis ne se reconnaissent pas. […] Nous sommes des corsaires, des corsaires cyber. »). Et des hommes : Duperré n’existe pas et, pourtant, il ressemble à s’y méprendre à l’ancien patron du cyber militaire, le contre-amiral Arnaud Coustillière ; quant au patron de la NSA, baptisé « Mickael Federer », il est inspiré de Michael Rogers, qui a occupé ces fonctions dans la réalité.

Le trait nerveux de Clément Oubrerie donne du rythme à cette histoire, et l’exagération qui anime ses personnages en accentue le relief.

Premier opus d’une série, Cyberfatale offre un regard documenté sur la cyberdéfense et sait rendre ce sujet intelligible, sans dévoiler pour autant de grands secrets. Le ton satirique et le regard familier sur le milieu confère à cette BD, entre sérieux et drôlerie, une véritable capacité à intéresser les lecteurs novices aux enjeux de la cyberguerre. Pour le lecteur plus averti, on se surprendra à essayer de reconnaître ce qui est vrai et ce qui l’est un peu moins. Un deuxième tome est annoncé en octobre 2019, où il devrait être question de la Corée du Nord. S’il est aussi réjouissant que le premier, on ne peut attendre celui-là qu’avec impatience.

CC(R) Jean-Pascal DANNAUD
09/04/2019

Oubrerie, Cépanou
Cyberfatale, Si ça sort, on est morts
Rue de Sèvres – octobre 2018

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