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Prix Marine PhotoEntete

Bravo Zulu


De l’autre côté de l’eau

Dans sa recension publiée dans Libération, le journaliste Jean-Dominique Merchet (officier de réserve de l’Armée de Terre) dit de ce récit que « c’est un peu le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer, l’humour en plus ». On pourrait ajouter, « La 317e Section » du même Schoendoerffer, en moins tragique.

Le plus étonnant est que cet ouvrage a été écrit par Dominique de la Motte six décennies après les faits, sans avoir été en mesure, à l’époque de leur déroulement, de 1950 à 1952, de prendre la moindre note. C’est dire combien cette phase de la guerre d’Indochine a marqué le jeune lieutenant de cavalerie qu’était alors Dominique de la Motte qui s’était naïvement porté volontaire pour prendre la tête de l’un des commandos de partisans composé de 130 annamites, tonkinois, cochinchinois, khmers et même chinois chargé de « contrôler » et d’étendre la zone d’influence française au nord de plantations d’hévéas où était installé le poste du Commando N°12 à une centaine de kilomètres de Saïgon.

Sans beaucoup de soutien de sa hiérarchie mais avec l’aide du planteur, le jeune lieutenant devient, à son insu et, au moins au début, à son corps défendant, « L’homme qui voulut être Roi » de Kipling. Il découvre sur le terrain les réalités complexes d’une guerre ignorée (voire méprisée) des Français. Grâce à son adjudant chinois, d’un racisme à toute épreuve mais d’une grande et circonspecte sagesse, il y perd sa « virginité » guerrière, dès que cet adjoint asiatique l’en eut jugé digne. Il se trouve en butte à des situations structurelles largement et plus ou moins volontairement occultées par la hiérarchie et les politiques : la porosité entre les camps, le double-jeu des Cao-Daïstes voire de certains hauts placés dans les services de renseignements, l’importance des congaïs pour ses hommes, qui les nourrissent, les soignent mais peuvent aussi se révéler de dangereuses agentes Viêts et la nécessité progressivement assumée de paraître le maître de tout pour ses troupes, dont il paye une partie des soldes, les primes éventuelles, les uniformes (jusqu’au sien, similaires à ceux de l’ennemi) et aussi une bonne partie de l’armement de sa propre poche ou sur les prises effectuées aux dépends de l’adversaire. Il y gagne peu à peu le respect de ses partisans, celui des planteurs, des Cao-Daïstes, des quelques officiers de Légion et même du Viêt-Minh du secteur. Il patrouille toute la « zone interdite » au nord de son poste et traversera même, à la fin de son détachement, le Rach Tây-Ninh, au pied de la montagne du même nom, pour éliminer le commandant régional Viêt, trahi par son adjoint. Soixante ans plus tard, La Motte qui en a connu tant au cours de sa carrière, a gardé un souvenir vivant et ému de sa prise d’armes d’adieu, dans son poste, en 1952, et de chacun des visages des partisans de son commando avec lesquels il a vraiment appris cette guerre. Quels qu’aient été leurs sorts ultérieurs, ils n’avaient pas peur de mourir.

Ecrit avec autant d’humour et de clairvoyance que de sentiment à l’apparence détachée, ce récit est illustré de deux cartes de la main de Dominique de la Motte et d’une photo de la collection de l’auteur en couverture : il aurait mérité d’en inclure d’autres illustrant le texte.

CF (H) JM CHOFFEL
12/05/2018

 

De l’autre côté de l’eau
Dominique de la Motte
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