Association des Officiers de Réserve de la Marine Nationale



Embarquement sur l’Adroït

L’Adroit, patrouilleur hauturier de la gamme Gowind de DCNS, est un nouveau navire innovant à équipage optimisé. Capable de déployer à la fois un drone – une première dans la Marine – et deux embarcations rapides dont le ZH 935 utilisé par les commandos, ce bâtiment est destiné à répondre à un spectre très large de missions.

Il a été réalisé en à peine dix-huit mois sur fonds propres par l’industriel DCNS qui l’a mis à la disposition de la Marine en octobre 2011 pour trois années d’emploi opérationnel et d’expérimentations.
J’ai eu la chance de pouvoir embarquer sur ce bâtiment du 2 au 19 juin dans le cadre de la mission de police des pêches européennes Thon Rouge 2012. Le programme d’activités de l’Adroit était ambitieux car, tout en poursuivant l’expérimentation du dro­ne Schiebel Camcopter S100, l’équipage B1 partait pour sa première mission opérationnelle avec le bâtiment : le contrôle des pêches au thon rouge en méditerranée, avec pour objectif de surveiller durant le mois que dure la pêche des grands senneurs, une large zone s’étendant de Malte à la Grèce et de la Croatie à la Tunisie.

Cet embarquement était surtout dédié à?mon?intégration?dans?l’équipe?du CEPA/10S pour participer à l’expérimentation du drone Schiebel. Ce nouvel équipement est testé par la Marine afin de faire de la reconnaissance de pistes à distance du bâtiment (jusqu’à 35 nautiques), par exemple pour l’identification, le pistage et la lutte contre les activités illicites conduites en haute-mer. L’objectif de cet­te expérimentation est d’acquérir de l’expérience et du RETEX pour préparer le futur programme de drone de la Marine : le SDAM (Système de drone aérien pour la Marine). Les futurs drones aériens seront utilisés en coopération avec les hélicoptères pilotés, permettant ainsi d’optimiser le potentiel technique et humain. Ce fut également pour moi l’occasion de découvrir l’organisation des détachements embarqués de l’aéronautique navale et de comparer le régime d’exploitation des drones entre la Marine nationale et le civil. Alors que le législateur a récemment durci fortement les conditions d’emploi de drones dans le civil, les autorisations de vol restent plus souples pour les militaires (notamment en ce qui concerne le poids du vecteur, le plafond de vol et la distance maximale par rapport au pilote opérateur), avec comme contrepartie des moyens et un mode de fonctionnement proches de ce qui serait mis en œuvre pour un hélicoptère (particulièrement en termes de formalisation de la mission, de veille radar et de maintenance de l’aéronef). Entre les vols de drone, tout l’équipage m’a intégré avec bienveillance, non seulement lors des exercices réguliers (incendie, homme à la mer, etc.), mais j’ai également pris ma place dans le tour d’adjoint de quart en passerelle. Cette fonction offre régulièrement quelques poussées d’adrénaline lorsque la conduite du bâtiment l’impose, par exemple lors du croisement de navires, lors des exercices, ou quand il faut gérer les co-activités (par exemple entre le drone et la drome). Cette sensation est forte sur l’Adroit, avec, d’une part le regroupement du central opérations et de la passerelle dans un même lieu, et d’autre part un équipage à format plus réduit, particulièrement sollicité.

J’ai également eu la chance de travailler en binôme avec un camarade de promotion de la PMS état-major ayant depuis intégré la Marine.

Enfin, j’ai pu prendre part à une inspection des pêches sur un thonier avec une équipe d’inspecteurs ICCAT2 composée du chargé de domaine d’expertise de la Force d’action navale, d’un officier du nouveau Centre de surveillance national des pêches d’Étel (CNSP) et d’un officier des gardes-côtes italiens. Avec l’Adroit, capable de parcourir de grandes distan­ces sous faible préavis et de mettre à l’eau trois embarcations dont un zodiac commando (dix places) filant à une vitesse de 45 nœuds, le regain capacitaire est indéniable. Son zodiac dernier cri dénommé Écume élargit le champ des possibilités classiques en matière de déploiement nautique.
Pour la campagne Thon rouge, il a notamment permis de mettre en œuvre en toute sécurité une caméra stéréoscopique sous-marine expérimentale destinée au contrôle des transferts des thons capturés de la senne aux cages de transport, puis d’engraissement. Du fait de quotas imposés et de l’incapacité à élever du thon rouge en captivité alors que la demande du Japon reste forte, les poissons sont capturés vivants puis engraissés dans des fermes d’élevage afin d’atteindre la qualité exceptionnelle voulue pour le sushi et le sashimi. Lors de leur période de frai en Atlantique et Méditerranée, les thons rouges sont capturés dans les énormes filets des senneurs. Ils sont ensuite transférés dans des cages flottantes par une ouverture pratiquée entre la senne et la cage. Les cages sont ensuite remorquées jusqu’aux fermes d’engraissement (en général espagnoles et maltaises). Le Thunnus Thynnus y est engraissé plusieurs mois durant avant d’être mis à mort…

En raison de la haute valeur ajoutée de cette pêcherie, les senneurs réalisent leur chiffre d’affaires de l’année en un mois (la pêche au thon rouge est autorisée du 15 mai au 15 juin pour les senneurs). Les enjeux financiers sont donc considérables pour les patrons pêcheurs et l’ensemble de la chaîne de commercialisation. Cette activité impose de fait une surveillance accrue.

Pour accomplir leur mission efficacement et imposer le respect des règlements internationaux, les inspecteurs ICCAT doivent disposer de moyens performants. À ce titre, tous les transferts de poissons (de la senne à la cage et de la cage à la ferme) sont filmés, les thons sont ainsi comptés et leur poids évalué. La plus-value de la caméra stéréoscopique mise en œuvre par la Marine depuis deux ans au profit de la Direction des Pêches maritimes est une avancée pour l’Europe et un exemple de collaboration au sein de la fonction garde-côtes. Elle permet en effet de compter et mesurer automatiquement les thons lors du transfert, opération qui était faite jusqu’alors de manière subjective.

Les résultats obtenus cette année ont à nouveau conduit un état européen à prendre la décision de faire relâcher un surcroît de captures en haute mer. Une première mission réussie pour l’Adroit !

Cette première période de mer réalisée à l’issue d’une PMS état-major a été très formatrice et m’a permis de découvrir la vie en mer sur un bâtiment de la Marine nationale. Retourné depuis sur la terre ferme, je garderai à jamais le souvenir de cette expérience inoubliable. Bon vent et bonne mer à l’Adroit et à son équipage !

EV2 (R) Christophe POIRIER

 

1. Deux équipages de la Marine nationale – nommés A et B – se relaient tous les quatre mois sur l’Adroit pour profiter d’une disponibilité du navire à la mer de 220 jours par an.
2. International Commission for the Conservation of Atlantic Tuna.

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